Il est temps de passer la deuxième

Hip-Hoppers lovers

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Ces 24 et 25 mars, l’Eden accueillera la cinquième édition du championnat de danse carolo, Hip-Hop A6000. Un événement organisé avec Mona et Rachid, le couple d’artistes à la tête de Temps Danses Urbaines. Et si on en profitait pour leur dresser le portrait ?

Canaliser le négatif

Il est rare de croiser l’un sans l’autre… Depuis 23 ans, les inséparables Mona-Lisa Maglio et Rachid Esserhane partagent avec force, générosité et une énergie communicative leur amour pour les pratiques et cultures urbaines. Ils en ont d’ailleurs fait leur métier. Après avoir travaillé plusieurs années dans des maisons de jeunes, en 2006, ils ont fondé Temps Danses Urbaines (TDU) – Mona y occupe les fonctions de prof, chorégraphe et directrice artistique ; Rachid y dirige la section Breakdance. « TDU, ce n’est pas un club de sport ou une école de danse, insiste Mona. C’est une association ayant pour but de préserver et transmettre les valeurs culturelles des danses urbaines pour que les jeunes puissent se construire à travers un projet, apprendre à s’affirmer tout en se respectant les uns les autres, se développer sur le plan artistique. Nos activités ont une finalité artistique, mais derrière la forme, il y a aussi le fond. Nous espérons susciter des vocations. »

Comme l’explique Rachid, la danse urbaine peut devenir un projet de vie… « Quand j’étais ado, j’étais déscolarisé, je trainais dans la rue, j’aurais pu clairement mal tourner… Mais en 1993, j’ai fait une rencontre : je suis allé au Palais des expos de Charleroi où se tenait un événement autour du hip-hop organisé par Fares et là, la claque, je vois un gars tourner sur la tête. TOURNER SUR LA TÊTE! Coup de foudre ! Moi aussi, je veux faire ça. Alors, je me documente sur ces pratiques. Je rencontre des groupes de la région comme Charleston Boys, CB4. J’assiste à des démos. Je cherche des VHS pour visionner les mouvements et m’en inspirer. J’apprends doucement le vocabulaire. Je me suis formé, en autodidacte, au hip-hop. Cette passion m’a sauvé. Elle a canalisé mes tensions négatives et m’a offert un avenir. »

 

 

Un côté fratrie

Deux ans plus tard, Rachid rencontre Mona. Il a 17 ans, elle 14. Cela fait déjà 8 ans qu’elle pratique la danse classique et plein d’autres sports. Il a monté un groupe, et elle a très envie d’en faire partie… « Ma prof de classique me disait que je n’avais pas le physique pour aller loin : pas assez grande, pas assez fine… J’ai l’esprit de compétition, j’aime me battre, mais là, je décrochais. Avec un ami, je suis allée voir un entraînement de Magic Crew, le groupe de hip-hop de Rachid. J’ai tout de suite été séduite par la façon très libre de créer, sans code ni format, et l’énergie de ces danses. Et puis, dans le hip-hop, personne ne vous juge sur votre taille, vos fesses, vos épaules… On s’encourage mutuellement. Il y a un côté fratrie. »

Et Rachid de poursuivre : « Petit à petit, Mona s’est intégrée dans l’équipe et a appris à danser sur le tas. Voyant que nos entrainements n’étaient pas structurés – c’était plutôt du free style –, elle nous a montré comment nous placer et compter les temps, pour finir par diriger le groupe. C’est à partir de ce moment-là qu’on s’est lancé dans les chorégraphies et qu’on a commencé à animer des événements. »

Un mouvement qui rassemble

Le duo, entretemps devenu un couple, se professionnalise et donne des cours de danse à la maison de jeunes de Gilly. En parallèle, Mona suit une formation pour devenir institutrice. Son diplôme en poche, elle décroche un emploi en tant que coordinatrice de la maison de jeunes de Ransart. Rachid l’y accompagne comme animateur. Comme le souligne Mona, « Très vite, on a eu à cœur de transmettre notre savoir et notre savoir-faire aux plus jeunes, en s’assurant que ce soit accessible à tous. Il y a aussi dans le mouvement hip-hop un courant plus bling-bling, ce n’est pas notre cas : on a toujours défendu une approche artistique, culturelle, qualitative et démocratique des pratiques urbaines ».

 

Portrait Mona & Rachid @Blog Eden

Temps Danses Urbaines apporte sa touche personnelle au Carnaval de Charleroi @Blog Eden

« Le hip-hop, c’est d’abord un mouvement populaire et revendicatif qui rassemble, rappelle Rachid. Toutes les disciplines (breakdance, graffiti art, Mcing et DJing) ont pour but de transformer les énergies négatives en positives par l’art. La devise de ce mouvement, c’est ‘peace, love, unity and having fun’, les valeurs défendues par Afrika Bambaataa, le fondateur de la Zulu Nation. C’est vrai qu’une violence peut se déclarer au moment du battle, car il y a un véritable engagement du danseur à défendre son identité. Mais elle va être canalisée par la danse. Dans nos codes, on ne peut pas se toucher, s’insulter, se violenter. On se rentre dedans en dansant mais après, on redevient peace. »

Plus de reconnaissance

Depuis sa création, TDU a vu passer des centaines de jeunes Carolos, au travers de ses cours qui rassemblent tous les styles de danses hip-hop, tous les âges et tous les niveaux. Sa team s’est distinguée à plus d’une reprise lors de contests hip-hop. L’équipe ne rate jamais une occasion de participer à des événements locaux et/ou internationaux comme la Block Party, le Carnaval de Charleroi ou encore le HipHop A6000 organisés en partenariat avec l’Eden.

 

Portrait Mona & Rachid @Blog Eden

Hip-Hop A6000, l’évènement urbain devenu incontournable au Pays Noir @Blog Eden

« Les cultures et pratiques urbaines sont de plus en plus connues par les publics, mais cela ne veut pas dire qu’elles sont reconnues par les autorités, regrettent Mona et Rachid. La danse hip-hop ne bénéficie pas des mêmes subventions que la classique ou la contemporaine. Faire tourner TDU reste une bataille quotidienne pour financer les emplois, monter les projets, rester accessible à tous. Pourtant, la danse hip-hop et plus largement les cultures urbaines mériteraient qu’on leur accorde plus de moyens et qu’on fasse confiance aux acteurs de terrain pour avancer sur des projets socioculturels rassembleurs, qui participeraient au développement local urbain et au rayonnement de la ville ».

 

Aller plus loin

Pour découvrir Mona, Rachid, leur team et plein d’autres talentueux hip-hoppers, rendez-vous ces 24 et 25 mars au Hip-Hop A6000 à l’Eden. Infos et réservation : ici.

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